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Matière (noir, blanc, bleu)

Depuis les mines de lithium de Manono, Matière (noir, blanc, bleu) propose une plongée sonore au cœur de la grande nuit, dans l’envers extractif de nos vies connectées.

Conçue comme une plongée nocturne mêlant enregistrements de terrain, témoignages, création sonore et lectures live, Matière (noir, blanc, bleu) cherche à faire trembler nos ambiguïtés en redonnant chair à ce qui nous est invisible : nos vies connectées reposent sur le labeur d’hommes et de femmes qui extraient les minerais dont sont composés nos outils numériques.

Némo Camus se penche ici sur l’extraction minière en République démocratique du Congo,connue pour la richesse de ses sous-sols en métaux et terres rares – le cuivre, l’étain, la cassitérite, le cobalt et le coltan, auxquels s’ajoute désormais le lithium, surnommé or blanc.

L’extraction de ce métal, indispensable à la fabrication des batteries électriques, contribue à la dévastation des terres et à l’exploitation des corps – à Manono notamment, chef-lieu de la province du Tanganyika, où se trouve l’une des plus vastes réserves de lithium au monde.

Cette pièce est traversée par de multiples lignes de force : le fulgurant poème « Minerai noir » de l’écrivain haïtien René Depestre ; la présence sidérale des trous, évoqués par l’adage swahili « Ba ta enda, bata tu ashiya ma ndjimu » (« Ils partiront, et ne nous laisseront que des trous ») ; et la figure ambigüe d’un dragon, parfois décrit comme un grand serpent,  puissance impétueuse et dieu du tremblement de Terre, dont on tait le nom par prudence et humilité.

Aux voix d’expert·es et des creuseurs se mêlent les témoignages de trois chercheurs de l’Université de Lubumbashi : l’historien Donatien Dibwe dia Mwembu, le géologue Samy Malango et le toxicologue Célestin Banza Lubaba Nkulu.

Matière (noir, blanc, bleu) est aussi le lieu d’une recherche réflexive sur le geste documentaire, et sur les implications d’une démarche menée depuis une position blanche et occidentale, qui « prend » des sons, « récolte » des histoires. Existe-t-il un extractivisme sonore ? Et si oui, comment le déjouer ?

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