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Œuvre sans auteur

Œuvre sans auteur se base sur une réflexion à partir du texte de référence de Valentin-Yves Mudimbe, « From « Primitive Art » to « Memoriae Loci » » (1993), reproduit dans The Mudimbe Reader (éd. Pierre-Philippe Fraiture et Daniel Orrells). Mudimbe y critique non seulement la catégorie de « l’art primitif », mais plus largement le modèle épistémique occidental qui rend les œuvres intelligibles à travers leur origine, leur auteur et leur classification.

Cette pensée constitue un point de départ essentiel pour la pratique artistique de Christ Mukenge et  Lydia Schellhammer. Avec la déclaration du DUO Mukenge/Schellhammer comme entité autonome,  iels déplacent en effet la question de l’auteur : le DUO ne fonctionne pas comme une simple collaboration entre deux artistes, mais comme une entité dont la structure rend impossible toute attribution individuelle de l’œuvre. L’attention se déplace ainsi de la question « Qui a créé cette œuvre ? » vers celle des relations, des savoirs et des expériences qui rendent son émergence possible. L’image n’apparaît plus comme l’expression d’une intention individuelle, mais comme le résultat d’expériences partagées, de traditions artistiques multiples et de processus de négociation.

 

En partant de l’approche conceptuelle de la 9e Biennale de Lubumbashi, articulée autour de la notion de pratique de l’indiscipline, Mukenge et Schellhammer ont conçu leur projet comme une recherche qui interroge les cadres épistémologiques dominants de l’art. En résonance avec cette approche, leur pratique cherche à dépasser les catégories occidentales d’auteur, d’origine et de classification afin d‘explorer d’autres modes de pensée, de production et de transmission des formes artistiques. Leur intérêt porte ainsi sur les conditions relationnelles, historiques et collectives à partir desquelles une œuvre peut émerger.

 

À Lubumbashi, ils approfondissent cette recherche en s’intéressant à l’histoire de

l’École de Lubumbashi ainsi qu’aux mouvements picturaux qui s’y sont développés. Ils souhaitaient notamment interroger les héritages des ateliers et académies artistiques fondés durant la période coloniale, dont plusieurs reposaient sur l’idée d’une supposée esthétique africaine « innée » et fondamentalement différente de celle de l’Europe, comme le rappellent Pierre-Philippe Fraiture et Daniel Orrells dans leur introduction à The Mudimbe Reader. Cette recherche leur permet de mettre en perspective les continuités et les ruptures entre ces constructions historiques, ainsi que les pratiques artistiques contemporaines en République démocratique du Congo.

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