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Pendant près d’un an, Carl Kabila a emprunté presque chaque jour la même route entre son domicile et le ranch familial, situé en périphérie de Lubumbashi. Les premiers mois, il l’arpentait avec un regard neuf, en simple observateur curieux découvrant un Lubumbashi qu’il connaissait peu : celui des poids lourds, des citernes, des engins miniers et des embouteillages interminables. Des monstres d’acier avançaient lentement dans la poussière et transformaient le paysage par leur passage. Si les camions sont devenus une présence ordinaire, la vie autour d’eux demeurait en mutation permanente ; les personnes, les gestes, les activités, les attentes, les rassemblements, les joies et les colères.
Afin de conserver une trace de ces présences furtives et de ce Lubumbashi vivant au bord de la route industrielle, Carl Kabila alors commencé à les photographier avec son téléphone, depuis un véhicule en mouvement. Si sa démarche était, au départ, principalement documentaire, une autre question, d’où est née Ceux que la route ignore, a surgi au fil de son travail : comment prendre réellement le temps de regarder les personnes et les situations qu’elles contiennent ?
À travers une série de peintures numériques, il a souhaité revenir vers ces scènes aperçues trop rapidement, prolonger leur existence et conférer visibilité et noblesse à ce que l’habitude finit par effacer. Le dessin lui permet de revenir sur des scènes aperçues pendant quelques secondes et de restituer l’émotion qui l’avait poussé à les photographier. Il ne s’agit pas d’embellir ces personnes, mais de révéler la dignité déjà présente dans leurs gestes, leurs attitudes et leur manière d’occuper l’espace. La route les avait réduites à quelques secondes. La peinture tente de leur redonner une durée.



